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Bravo ! Si vous lisez cet article, c’est que vous avez déjà identifié que vous étiez aux prises avec cette émotion bien particulière. Se reconnaître en colère, est une étape essentielle vers le bien-être, qui ne va pas de soi… Aussi, félicitez-vous de l’avoir identifiée et de vous intéresser à elle.

La reconnaitre, c’est bien ; s’en libérer, c’est mieux !

J’utilise le mot libérer à bon escient : il ne s’agit pas de se séparer de la colère. Mais plutôt de la transformer…

Avant de continuer la lecture de cet article et de faire appel à votre mental, prenez encore quelques instants pour bien observer cette énergie de la colère, la sentir. Vraiment. Accueillez ce qui se présente à vous avec toute la bienveillance et la tendresse dont vous pouvez faire preuve aujourd’hui. Ni plus, ni moins.

Commencez par observer votre colère

Dans quelle partie de votre corps "rangez-vous" votre colère ?

Au niveau de la tête ? De la mâchoire ? La fameuse boule dans la gorge ? Dans vos glandes lacrymales prêtes à exploser ? Dans vos épaules ? Votre diaphragme (impossible de respirer profondément) ? Dans votre ventre ? Les jambes qui tremblent ?

Vous avez peut-être l’impression de ne rien sentir du tout ? Ou d’un vide ? Ok !!! Acceptez cette "absence" de sensation avec autant de bienveillance.

Fermez les yeux et laissez venir à vous les images mentales qui n’attendent que votre attention pour se révéler… Qu’il s’agisse d’images nettes, floues, de films, de couleurs,…

Accueillez avec tendresse tout ce qui se présente.

Peut-être aussi que des sons, des odeurs, un goût particulier en bouche, accompagneront ces images.

Prenez encore quelques instants pour respirer… Par exemple 7 grandes inspirations suivies de 7 longues expirations…

Il est probable que vous ressentiez maintenant d’autres émotions comme la tristesse ou la peur… Et 1001 « Et si ? » (Et si je le recroise, qu’est-ce que je vais faire/dire… Et si on m’en reparle… Et si…).

Notez-les rapidement sur un bout de papier ou dans un cahier, donnez-leur une place, un espace.

Et maintenant nous pouvons commencer ensemble à y réfléchir.

La colère qui protège…

Avant tout, il est impératif de se rappeler que la colère est, plus que tout autre chose, chargée de nous protéger des agressions. Soyons donc bien heureuses d’être capables d’être en colère ! Même si nous ne savons pas encore comment l’exprimer, elle est là, disponible au fond de nous, prête à exploser si nécessaire.

Je me rappelle ainsi une grosse colère qui m’a bien protégée. Je me suis faite interpellée par cinq gars serrés comme des sardines dans une GOLF, alors que je faisais mon jogging. Je revenais vers le village, mais je n’y étais pas encore vraiment. Ils insistent. Je les ignore. On se rapproche du village mais ils se mettent à faire de drôles de manœuvres. Et sans réfléchir à quoi que ce soit, je me mets à hurler (disons plutôt gueuler si vous me le permettez) : « Hé quoi, bandes de gros cons, vous vous prenez pour qui ? Vous croyez me faire peur ? (heu… oui, suis morte de trouille en fait) Je suis chez moi ici, je connais tout-le-monde (enfin 2 ou 3 personnes à 1km quoi…), vous croyez qu’ils vont vous laisser faire ? » Et à ma grande surprise, ils sont partis…

Yess. Merci la rage !

Ce genre de colère doit être béni ! Et nous devons toutes être fières d’en être capables. Si, si, vous aussi vous l’êtes, j’en suis certaine.

L’exemple choisi montre aussi le lien étroit qu’il existe entre la colère et la peur. Il est donc bon de s’interroger sur ce qui nous rend anxieuses… Si le danger est réel ou s’il s’agit d’une vue de notre esprit.

… ou la colère qui détruit ?

Et puis il y a ces colères qui nous surprennent. Qui débarquent au moment où on n’en veut pas et qui nous éloignent de ce à quoi nous tenons profondément.

Par exemple, quand vous avez passé toute la matinée à tenter de "tenir" vos petites têtes blondes dans le "cadre" que vous et votre chéri aviez fixé, selon, bien entendu, les méthodes d’éducation positive, et que tout d’un coup, la sorcière qui sommeille en vous se réveille, se met à vociférer un « Vous allez vous calmez, oui ? !? », envoie valser doudou sur les Légos, et s’en va pleurer aux toilettes en claquant la porte…

Ces colères-là sont celles qui arrivent quand l’impuissance nous envahit. Quand on commence à douter d’obtenir ce que l’on veut… Nous ne sommes jamais certaines de notre puissance. J’entends par là notre capacité à "construire", à créer l’idéal qu’on désire. Par contre, détruire, casser ou blesser, cela nous est toujours possible.

La question de la colère peut donc être examinée sous l’angle de la tension "puissance / impuissance"… Face à quoi suis-je impuissante ? Pourquoi cela est-il si difficile à accepter pour moi ? Quel super-héroïne aurais-je voulu être dans cette situation ?

Ensuite, il est tout aussi pertinent de se questionner sur les besoins insatisfaits que cette explosion révèle… Quel besoin insatisfait tout cela révèle-t-il ? Est-il possible de le satisfaire ? Si oui, quelle stratégie puis-je mettre en place ?

Ainsi, bon nombre des jeunes femmes avec lesquelles je travaille savent pertinemment bien que, quand elles mordent avec leurs mots amers leurs proches, c’est bien souvent qu’elles sont épuisées. Comment se fait-il qu’elles ne parviennent pas à prendre soin de ce besoin fondamental : le sommeil ? Pourquoi est-ce si difficile de se rendre chez le médecin et de dire : « Je suis épuisée, j’ai besoin de dormir et de quelques jours pour me reposer. » Peut-être y a-t-il une histoire d’égo dans tout ça? Peut-être nos mères ne nous ont-elles pas appris cela ? Peut-être voudrions-nous "y arriver" toutes seules, en mordant sur notre chique… Résultat : on mord sur les autres.

Lâcher prise ET reprise du contrôle

Ces deux axes de questionnement (celui de la tension puissance/impuissance et celui des besoins) sont à examiner parallèlement. Car ils permettent ensemble de faire la part des choses, d'identifier ce qui entre dans notre champ d’influence et de reprendre le contrôle là où c'est possible tout en lâchant prise sur ce qui est hors de ce champ.

Cependant, il n’est pas aisé de classer les colères qui protègent et celles qui détruisent. En effet, notre société excelle dans l’art de nous enseigner comment être « une gentille fille ». Aussi, bien des fois, alors que notre colère est légitime, nous nous sentons, après coup, gênées. Il arrive même que nous culpabilisions.

Et d’autre fois, notre égo, fragile, ne peut admettre que nous nous soyons emportées sur la mauvaise personne au mauvais moment.

Pour distinguer l’une et l’autre, une bonne connaissance de soi est nécessaire, de même qu’un sentiment de sécurité intérieure solide, sans oublier d’être capable de faire preuve d’auto-tendresse.

Ouille… Dur, dur ! Il est parfois bien utile de se faire aider pour y voir clair.

Lors des soirées contes du Mafa, il est fréquent que les questions des participantes soient en lien avec ces épineuses questions. La bienveillance du groupe permet alors de s’ouvrir à d’autres perspectives et d’en sortir reconnectées à « la vieille femme qui sait ce qui est juste » qui nous attendait au fond de nous ( pour connaître les dates des prochaines soirées, abonnez-vous à ma page facebook).

L’ours au croissant de lune

Rien de tel à mes yeux qu’un vieux conte pour cheminer plus loin… Celui-ci m’a d’abord été transmis par un collègue sous sa forme intitulée Trois poils de loup et rédigée par Henri Gougaud (Le livre des chemins).

J’étais alors en proie à d’intenses émotions devant la colère dont faisait preuve mes jeunes patients de l’hôpital. Je disais : « Leurs colères sont justes. Mais ils se trompent de cible…».

Plus récemment, je l’ai redécouvert sous une forme plus complète dans Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estes.

Je l’ai alors raconté à une de mes patientes que j’encourage à choyer l’énergie qui monte en elle actuellement. Comme la plupart des jeunes femmes que j’accompagne, elle veut faire la paix avec son passé et ses colères ; elle veut se libérer.

Avant de lire le conte (je l'ai trouvé ici sur le net), souvenez-vous : vous êtes à la fois l’homme rentré de la guerre, la jeune femme pleine d’amour, la vieille guérisseuse, et l’ours au croissant de lune…

Amandine Godin.

Quelques références théoriques inspirantes:

  • Clarissa Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups.
  • Donald W. Winnicott, Agressivité, culpabilité et réparation.
  • Christophe André, Les états d’âmes.